J'ai souvent questionné la fonction de mon blog - Un battement de Sil... - créé en octobre 2009 à mon retour en France après deux années passées à l'étranger. Et aujourd'hui, parce-que je me pose de plus en plus de questions sur ce que c'est "tenir un blog en 2015", j'avais envie de partager mes réflexions, sans doute un peu brouillons, avec vous.

Je suis devenue blogueuse beauté par hasard. J'ai grandi loin des grandes villes, loin de magazines de mode, avec un entourage pas du tout concerné par les questions d'influence, de critiques dans la presse écrite ou autres. Bien sûr, comme beaucoup d'ado, j'ai eu le droit à partir d'un certain âge de passer des commandes chez Yves Rocher et le (feu) Club des créateurs de Beauté. J'adorais regarder les pages de leurs catalogues, recevoir mes colis, tester des looks improbables que j'inventais moi-même à partir de ce qui m'inspirait dans la rue ou dans les looks des plus grandes du lycée. J'ai eu également accès assez jeune pour l'époque (OMG, on dirait que j'ai 107 ans !), vers 12 ans, à Internet et j'ai tout de suite adoré pouvoir accéder à tout un monde via cette petite fenêtre.

Avec le recul, j'estime avoir eu une enfance et une adolescence heureuses, protégée de la société de consommation, qui m'ont permis de me construire sereinement en tant qu'adulte. Arrivée à 20 ans, en 2007 donc, je me suis inscrite sur le site beaute-addict. Je vivais en Allemagne et je découvrais la notion de "féminité" et l'envie de faire davantage attention à moi était bien présente. Je ne m'en cache pas, comme pour beaute-test, l'idée première était de pouvoir avoir accès à des produits que je n'aurais jamais pu m'acheter étant étudiante. A l'époque, le site beaute-addict avait une réelle influence au regard du peu de blogs beauté existants en parallèle. Aussi les "cadeaux" étaient très intéressants et parmi les souvenirs que j'en garde, je me souviens avoir reçu beaucoup de soins Bio Beauté by Nuxe mais aussi les ombres mousse Shiseido dans les tout premiers mois.

blog_pour_quoi_faire__2_.jpg

Sur beaute-addict, sur l'espace blogs personnels, j'ai découvert des filles devenues des femmes formidables, de mon âge, avec lesquelles je suis pour la plupart régulièrement en contact aujourd'hui : Lili, Yuna, Nenesse, Marie, Anne, Fanny (Ma bulle de coton) et aussi, plus tardivement, Lucie (Beauty & Gibberish). A force de commenter leurs blogs, j'ai eu envie moi aussi de partager des bouts de moi et j'ai créé mon premier blog sur la plateforme BA. Rapidement lassée par l'absence de marge de créativité laissée aux membres, je me suis éloignée de BA pour créer Un battement de Sil... que vous connaissez aujourd'hui. 

Mais déjà en passant d'un blog beaute-addict à un blog plus personnel, le "pourquoi j'ai un blog" avait changé.

Dans le premier cas, avoir un blog sur beaute-addict me permettait d'appartenir à cette communauté, de commenter chez mes copines virtuelles, de gagner 10 points chaque jour et d'avoir des cadeaux aussi, ne nous mentons pas. Dans le deuxième cas, ouvrir mon blog personnel relevait davantage d'une envie d'avoir un espace de partage sur lequel je pourrais parler librement de mes passions. publier mes photos. Il n'y a jamais eu d'arrière pensée à la création d'Un battement de Sil... Je n'étais pas précurseur ou quoique ce soit de ce genre, je n'ai même jamais imaginé que "blogueuse" ou "youtubeuse" puisse devenir un métier, n'y connaissant rien comme je vous l'indiquais à tout de ce qui est communication/influence/marketing.

J'ai été contactée très peu de temps après l'ouverture de mon propre blog beauté (il y en avait tellement peu à l'époque !) par la marque Lolita Lempicka pour le lancement de Si Lolita. Je garde un sourire très ému de ce premier envoi : un foulard et une miniature du parfum. Mon premier cadeau, fruit de mon implication, fruit de mon "travail".

blog_pour_quoi_faire__1_.JPG

Travail est un mot que j'ai dû mal à utiliser pour mon blog. Bien sûr derrière chaque article se cache parfois une ou deux heures de photos et de rédaction. Mais comme je le fais parce-que j'en ai envie, par plaisir, par passion, pour moi avant de le faire pour vous, ce mot de me dérange. Pourtant, la définition de travail n'a rien de péjoratif , mais ce n'est pas celle que j'ai envie de donner à cet engagement tacite qui me lie à mon blog.

Mon blog à moi, a eu plusieurs vocations. De votre côté, il a toujours été une source d'informations, plus ou moins riche, plus ou moins bien illustrées. De mon côté, j'ai pu qualifier mon blog de doudou, de repère dans ma vie instable (7 villes en 6 années entre 2009 et 2015), d’exutoire lors de journées difficiles au travail, d'espace de liberté et de créativité. 

blog_pour_quoi_faire__3_.jpg

Mon blog a aussi contribué à certaines périodes à m'apporter de la reconnaissance, de votre part, de la part des marques, reconnaissance que je n'arrivais pas à trouver ailleurs et notamment à la Faculté malgré de bons résultats. En bonus, mon statut de blogueuse m'a aussi permis de recevoir énormément de produits et d'être invitée à de très chouettes événements.

Malgré tous ces arguments et bénéfices avancés, je n'ai cessé de me questionner, encouragée par mes proches, sur la fonction de mon blog; questionnements lié à la fois à cette abondance de produits dans ma salle de bain qui avait fini par m’écœurer mais aussi, tout simplement, au danger pour ma vie réelle, ma profession étant très éloignée de ce blog girly.

Je n'ai jamais voulu être gourou de la beauté, je n'ai jamais eu envie d'avoir une communauté de plusieurs milliers d'abonnées ou de fans, je n'aimerais pas faire de mon blog mon métier. Pourtant aujourd'hui, face à la reconnaissance du statut de blogueuse comme métier à part entière, face à la mise en concurrence des blogueuses (loi de l'offre et de la demande), je ne peux pas rester insensible, me sentant en complet décalage.

Alors pourquoi continuer à bloguer ?

blog_pour_quoi_faire__4_.JPG

Ma réponse va sembler un peu simpliste j'imagine en cette année 2015 puisqu'elle est finalement la même qu'en 2009. Je continuerai à bloguer pour me faire plaisir, pour partager avec vous mes passions au travers de mots de de photos. Comme je l'explique régulièrement aux marques qui veulent (encore) collaborer avec moi, il ne faut pas qu'elles attendent de moi un article pour telle date ou tant de vues ou tout ce qui se rapporte à une dimension professionnelle du blogging, que je rejette.

Je blogue librement, quand mon agenda me le permet, avec cette envie de produire des contenus qualitatifs, quitte à ne rien proposer plutôt que de publier du vide ou du "déjà-vu". Je trouve que sur les blogs les photos sont de plus en plus "belles" ce qui pourrait être très bien dans l'absolu. Mais cette surexposition des images contribue à renvoyer une image de blogueuse parfaite, voir "hors norme" et moi ça me fait me sentir moche. Personnellement ici, je veux continuer à pouvoir vous montrer ma peau à nu, pas surexposée, pas belle, mes cils qui avaient complètement disparu suite à une expérience foireuse. Je veux du vrai, de l’authentique et je veux qu'Un battement de Sil... demeure un espace de normalité pour vous toutes, dans lequel vous vous sentiez bien, et dans lequel on puisse continuer à se raconter nos petits tests respectifs.

Je continuerai à bloguer également parce-que, mine de rien, je suis fière de mon blog, de son évolution, de ses 1500 articles. Je suis fière aussi de défendre une façon de bloguer vieille école, sans publicité, sans arrière-pensée. [Les seuls liens "intéressés" que vous trouverez ici sont ceux de marrainage pour Birchbox et Igraal qui sont deux sites que j'utilise toutes les semaines.]

Alors oui, de fait, je parle moins que d'autres des nouveautés ou alors j'en parle des mois après tout le monde. Mais je me moque royalement d'être moins lue, du moment que je reste honnête avec vous. Je comprends qu'aujourd'hui certains blogs sortis de nul part mais tenus par des pros de la communication avec un contenu léché vous attirent, mais je pense pouvoir affirmer que ces blogs sont des outils de développement d'une carrière (de passionnées), mais pas forcément des blogs tenus par plaisir.

Face à ces blogs "outils stratégiques" pour certains, sources de monétisation pour d'autres, et qui ont en commun le fait d'avoir un contenu se rapprochant de plus en plus d'un contenu professionnel de magazine, je veux à l'instar d'autres blogueuses qui ont fait le même choix que le mien (j'adore pour ma part les blogueuses du collectif Les Rendez-vous Beauté), pouvoir écrire encore longtemps que :

je vis pour bloguer et non pas que je blogue pour vivre*.

Et vous, vous bloguez pour quoi ? Comment vivez-vous la tendance actuelle de professionnalisation des blogs, de l'uniformisation des contenus, aussi bien sur le plan de la rédaction que des visuels ? N'hésitez pas à réagir. Nous ne serons pas forcément d'accord car ce sujet est bien plus complexe que ce que j'ai pu développer ici, mais j'aime à débattre avec vous.

* cet article vient en écho à un échange autour d'une tasse de thé que j'ai pu avoir avec Amélie, dont je trouve les réflexions autour du phénomène des blogs toujours très pertinentes.